Empathie, compassion, sympathie et contagion émotionnelle

Empathie, compassion, sympathie et contagion émotionnelle : comment s’y retrouver dans toutes ces nuances ?

Crédit Photo : A Grisard

L’empathie

C’est ce qui nous fait nous mettre à la place de l’autre, à ressentir ce qu’il ressent.
« Nous participons intensément à la marche d’un funambule en équilibre sur une corde raide. Nous ne pouvons nous empêcher d’entrer dans son corps et de faire mentalement chaque pas avec lui. De surcroît, nous ajoutons des sensations d’inquiétude et de vertige dont le funambule est fort heureusement exempt. » 

Dans l’empathie, notre perception est affective, émotionnelle ou bien encore cognitive, via notre imagination. Il n’y a pas de contagion émotionnelle, nous distinguons nos émotions de celles du funambule par exemple. 

la résonance émotionnelle, telle le coup de mailloche qui fait résonner le gong et nous fait vibrer

L’empathie émotionnelle survient lorsque nous captons puis entrons en résonance avec les émotions d’une personne, via le non-verbal et la para-verbal (gestes et micro-signes, non verbaux, et prosodie vocale ou musicalité, intonation de la voix…). Cela participe au fait que nous nous sentons « sur la même longueur d’onde ». Nos émotions, nos projections et les émotions de l’autre peuvent être entremêlées. 

L’empathie cognitive naît à l’évocation imaginaire du ressenti d’une personne, ou de ce que nous ressentirions à sa place.

Nos propres émotions, préjugés, ou valeurs sont autant de filtres déformants notre perception de la réalité. Ainsi, face à quelqu’un en colère, nous pouvons nous mettre également en colère, compatir, être indifférent ou évitant, trouver cela ridicule, prendre du recul et accueillir cette colère puis aider la personne à en sortir… 

Compassion & sympathie

La sympathie est la sollicitude -attention affectueuse- ou la compassion, à l’égard d’une personne. Sympathie et compassion recouvrent les mêmes notions, avec des racines respectivement grecques et latines. Ainsi, le symétrique de l’empathie serait l’impassion 😉

Nous avons capté les informations concernant la personne et nous sentons concerné.e. Nous pouvons ou non ressentir les mêmes émotions. Si l’empathie précède la compassion, elle la rend plus forte, incarnée. 

Je ressens de la compassion pour la femme malgache dont on m’a dernièrement conté l’accouchement, au bord du chemin entre chez elle et l’hôpital de brousse. Ce qui est à la source de ma compassion est mon vécu de plusieurs accouchements… avec péridurale ! Si je n’avais jamais accouché, je pourrais juste imaginer, et ma compassion serait vraisemblablement nettement moins incarnée. 

Cela dit, la compassion est également déformée par nos filtres. Si le respect de l’autre est une de mes valeurs, je risque fort d’être choquée face à un jeune qui ne tient pas la porte à une personne âgée, geste que je vais décoder comme du non-respect, alors que d’un autre point de vue, ce pourra être perçu comme un « non-événement ».

Contagion émotionnelle

La résonance affective consciente permet la contagion émotionnelle, puis l’empathie et la compassion. 

La contagion émotionnelle fait que je ressens les émotions de l’autre sans avoir réellement conscience que c’est l’autre qui la provoque. Par exemple, un bébé se met automatiquement à pleurer quand un autre bébé pleure. Mais ils ne ressentent pas systématiquement ni empathie ni compassion l’un pour l’autre. 

L’empathie affective conduit à des réactions mieux adaptées aux besoins de l’autre que la seule empathie cognitive. 

La contagion émotionnelle et l’empathie peuvent freiner l’accès à l’altruisme, car on peut alors devenir plus préoccupé par ses propres émotions que par celles de l’autre. L’empathie cognitive, si elle n’est sous-tendue de bienveillance peut également être un frein.

La compassion mesurée en laboratoire

La compassion, elle, est associée au désir d’aider l’autre, de soulager ses souffrances, activement. De plus, elle n’est pas parasitée par un contamination émotionnelle. Elle mène donc à l’altruisme. 

Lors d’expériences réalisées en 2007 dans le laboratoire de neurosciences de Tania Stinger, où Matthieu Ricard est cobaye, il est mis en évidence que les réseaux cérébraux activés par l’empathie et la méditation sur la compassion sont différents. Ainsi, l’empathie active des réseaux liés aux émotions «  négatives », à la douleur, la détresse, l’aversion, le découragement ou l’évitement, alors que la compassion active des réseaux associés aux émotions « positives », comme l’amour maternel, la détermination à trouver des moyens d’aider, le courage, la bienveillance. 

Par ailleurs, la résonance empathique avec la douleur de l’autre mène à l’épuisement émotionnel (ce qui est constaté chez les soignants constamment en contact avec des patients en proie à de grandes souffrances). Ce phénomène est aussi appelé burnout. Il affecte les gens qui craquent, physiquement et psychiquement, lorsque les soucis, le stress ou les pressions du milieu professionnel les rend incapables de poursuivre leur activité. Il touche plus largement les professions de la relation d’aide (milieu médical, enseignement… voire même parental). Le burnout est donc une fatigue de l’empathie, et non de la compassion. La compassion, au contraire aide à surmonter et à réparer fatigue et usure. 

La méditation à la compassion se fait en plusieurs étapes : 

  • Une réflexion sur les souffrances des êtres vivants, en se les représentant de manière la plus réaliste possible, jusqu’à ce qu’elles deviennent insupportables, pour engendrer une aspiration profonde à remédier à ces souffrances. La réflexion se poursuit sur les causes profondes des souffrances, telles que l’ignorance ou les toxines mentales.
  • En parallèle, la méditation entraine, « muscle », l’amour altruiste, en se représentant un être cher, pour lequel le méditant éprouve une bienveillance sans limite, puis étend cet amour à tous les êtres vivants, tel le soleil qui brille et éclaire tout ce qui se trouve dans son champ, ou les vibrations du gong qui se répandent loin et longtemps.

Deux conclusions sur l’empathie et la compassion

  1. L’empathie s’épuise, alors que la compassion et l’amour ne se fatiguent pas. 
  2. La contagion émotionnelle, même à distance, « fonctionne » tant pour les émotions négatives que pour les émotions positives. La compassion, la bienveillance et l’amour altruiste ont cet effet de contagion émotionnelle.

Voici un schéma synoptique, qui distingue ces termes :